12 avril 2009

... The wisdom behind the smile ...

Aujourd'hui j'ai eu par quatre fois le sentiment d'avoir vieilli. Bizarrement ça ne m'a pas rendue triste, ni nostalgique, au contraire, j'ai eu la sensation que la sagesse pointait le bout de son nez. Tout tranquillement, sans bruit, comme la promesse d'un havre de paix.

Tout d'abord, j'ai trouvé juste derrière ma frange, mon deuxième cheveu blanc. J'ai cherché partout affolée, je n'en ai pas trouvé d'autre. J'étais presque déçue. Je trouvais que ça m'aurait donné l'air un peu plus femme. Ok je suis d'accord, faut pas charrier! Alors je l'ai remis en place bien au chaud, bien en dessous, pour surtout ne pas l'importuner ni donner l'idée aux autres.

Ensuite, je me suis retournée à plusieurs reprises sur des hommes garçons en ce samedi pluvieux d'avril, ça m'arrive un peu trop fréquemment ces derniers temps, mais je ne contrôle pas, je les trouve frais, préservés, neufs, pas encore abîmés, nonchalants et surtout positifs... Ca m'interpelle quand je me rends compte qu'ils doivent bien avoir presque dix ans de moins que moi, alors je souris, je me reprends, je me dis que c'est fini, que je n'ai plus 20 ans même si je ne les ai jamais vraiment eus, que c'est interdit, que l'on ne rattrape pas l'objet perdu, je pense à mon fils, je l'imagine dans 10 ans lui aussi, j'espère surtout qu'il leur ressemblera, qu'il n'aura peur de rien, qu'il sourira à la vie tellement grand qu'elle le lui rendra au tout autant.
La peur du temps qui file mais aussi l'espoir qu'il tisse un peu à l'endroit cette fois, pour en finir avec le sort, pour en finir avec la loi des schémas ou fatalité déterministe des générations qui se suivent et se détruisent.

Puis je l'ai croisé. La dernière fois c'était il y a moins de quinze jours un peu plus de deux ans après. Il m'a alors étrangement laissé une impression si agréable, si douce, si naturelle dans cet instant imprévu que j'ai eu envie de revenir le croiser par hasard, "by chance" comme qui dirait. Rien de prémédité juste un heureux concours de circonstances, que j'ai volontiers aidé.
- "Merci monsieur pour votre gentillesse" lui a répondu la dame alors qu'il lui présentait le livre qu'elle cherchait. Voilà, c'est ce que je disais, de la douceur.
Son visage pigmenté de surprise lorsque je lui ai rappelé mon prénom ne m'a pas laissée indifférente, la sagesse derrière son sourire non plus, j'ai tremblé un peu puis j'ai tenté d'enchaîner l'air de rien, sans hésiter.
- "Je suis venue chercher un joli livre pour les copains de mon fils qui se font baptiser demain. Je cherchais quelque chose qui puisse les ouvrir aussi aux autres religions..."
- "Cette édition est plutôt bien faite pour les enfants." 

Nous étions visiblement heureux de nous parler, tout simplement.

A peine rentrée à la maison, épuisée comme depuis trop de semaines mais apaisée, j'ai cherché dans mes mails archivés trace de nos échanges. Je ne pensais pas retomber aussi facilement sur ses récits que j'avais gardés en tête comme farfelus, lui-même classé dans la case "pas tranquille, torturé". Le plus surprenant a sans doute été de le trouver plus que cohérent, touchant même et d'être à l'inverse juste tétanisée par les réponses que j'avais osé lui faire. J'ai presque eu de l'admiration devant sa ténacité et soupçonné qu'il eût aussi une part d'homme, de vrai, prêt à tout pour conquérir, il avait compris le décalage flagrant mais n'en a jamais clairement fait cas. J'en ai profité pour reprendre une des conversations là où je l'avais laissée en décembre 2006, et je lui ai présenté ce qui pouvait ressembler plus à une envie de tout effacer pour mieux recommencer qu'à des excuses.

J'ai alors compris que ces deux années avaient eu sur moi l'effet d'une pierre ponce, celle qui gomme les imperfections et qui tente de lisser le grain de peau morte. J'ai aussi compris que travail entamé en chantier sur moi et mon surmoi était plus que nécessaire.

Enfin, bien décidée à m'offrir le king size dont je rêve depuis que je dors seule pour remplacer la paillasse qui me sert de lit, je me suis pointée au 1er sous-sol pour récupérer l'utilitaire que j'avais loué. Trente minutes avant la fermeture du géant jaune et bleu et plus de dix kilomètres à parcourir, j'ai compris au bout de cinq passées avec le loueur que j'étais dans un parking certes, mais pas dans le bon. J'ai demandé à annuler ma réservation, je n'ai même pas été triste ni décue ni capricieuse. J'ai juste dit à ma petite voix  j'ai le privilège d'en avoir deux que j'irai un autre jour, que finalement ça m'aurait crevée de porter 67 kgs sur mon dos et que j'allais en profiter pour rentrer et me chouchouter.

J'avais vieilli et j'étais la seule à le savoir. A moins qu'il ne l'ait vu.

 

 

25 octobre 2008

... Va chercher bonheur ...

Déjà bien une semaine voire plus que l'envie de revenir par ici se fait sentir, le titre, l'idée du texte tout est là sauf le passage à l'acte... Je voulais parler de mon bonheur le week end dernier, de cette première kermesse dans la nouvelle école, de la quiétude du panier, de mes rêves qui reviennent petit à petit, de rencontres surprenantes, et puis les jours passent et la mélancolie reprend toujours un peu le dessus viscéralement. Dans ma quête perpétuelle je suis passée à l'étape bilan de compétences en espérant qu'un consultant extérieur allait pouvoir m'aider, me pousser, me plonger dans ma réalité or j'ai le sentiment de régresser, de n'avoir entendu que des choses sur moi que je ne savais déjà... Certes je suis réconfortée dans l'idée que du haut de mes 30 ans j'ai sans doute déjà fait un bon travail personnel et que je me connais plutôt bien, mais j'ai hélas aussi compris que je suis la seule à pouvoir donner une impulsion, un nouveau souffle et que cet enfermement qui ressort même dans mon écriture - étude grapho à l'appui - reste pour moi le plus grand des mystères, la clé à trouver pour délier cet immobilisme. Pourtant objectivement ma vie me plaît, je suis si heureuse de me sentir libre dans mes choix et pourtant je n'en fais pas beaucoup, je me laisse porter par les jours qui se suivent et se ressemblent, je ne sais par où commencer pour me sentir satisfaite, je me mets une pression de dingue pour tout réussir, ne laissant sans doute que très peu de place à l'imprévu. Tout réussir, être valorisée, me sentir belle, pffff, je ne me sens parfois que comme une ado attardée ou cette enfant qui a besoin qu'on la pousse encore et toujours, et qui pourtant a poussé un peu trop seule. J'aimerais dépasser ce stade, ce manque, mais il me rattrape sans cesse, m'entraînant alors dans la quête du "sois parfaite et sois forte" en ne m'autorisant que très peu de bonheur.
Et à tout vouloir réussir je foire à peu près tout...
Déjà plusieurs mois que je me suis entourée de coaches, ah ça pour m'entourer je m'entoure, mais je stagne, je dois sans doute même épuiser ceux que je sollicite sans vraiment parvenir à mes fins... IMC, journalisme, communication, Freud, décoration d'intérieur, peeling, je tourne et retourne les maillons de ma vie pour trouver comment vivre, je m'épuise à l'effort tentant de combler ces vides que je refuse de laisser m'immerger, et pourtant je ne suis toujours pas vraiment actrice, j'ai toujours sur moi ce regard qui juge, qui tranche, ce regard dur qui ne voit que trop rarement la belle personne que je pourrais être. Pourtant à côté de ça je suis capable de m'émerveiller sur les jolies paroles de mon fils, sur sa vivacité, sa lucidité, sur le ciel bleu, j'ai commencé le solfège, les envies sont là avec l'arrivée du week end mais je ne supporte plus de me sentir en demie teinte constante, de m'endurcir, de devenir insensible, me demandant même si je peux encore aimer, m'enthousiasmer plus que cinq minutes sur la dernière maison bio, ou sur le pain que j'ai cuit... La vie me paraît si étrangère parfois. J'attends d'elle sans doute trop. Un peu comme ces orgasmes que je trouve si fades, mon exigence en tout est très élevée. Baisser le curseur disait l'autre, oui mais pas envie.
Alors je souffre de ces désirs latents qui me frustrent mais jamais ne s'activent, ou si lentement...

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09 mars 2008

:: Tournez manège ::

Comprendra qui saura le titre de cette note, mais comme le disait Fanette, oui ça y est la page est tournée, comme toujours assez vite... J'aurais pu m'en tenir à ses silences, à son indifférence, mais j'ai préféré le mettre face au mien, de silence. C'était vendredi soir, après mon ciné en solo comme j'affectionne, "Paris" m'avait mis des papillons dans la tête et je voulais les partager, les faire circuler. Avec le si peu d'amour propre qui me caractérise, parce que j'ai toujours considéré que l'orgueil et la fierté empêchent de vivre de vraies choses, j'ai envoyé un texto, pffff, pour partager un verre de vin. Je savais que je n'aurai pas de réponse, alors je suis rentrée at home, les yeux vers le ciel comme à mon habitude, dans ces rues désertes à 21h, quel désastre. Une ville qui croit muter, qui croit avoir une âme, rien, que du vide parfois, du silence à nouveau. Pourtant j'avais bien envie de ne pas la finir ainsi cette soirée, j'avais envie de partager, d'échanger. Ca s'est finalement produit, par un étrange concours de circonstances, un point commun, ça s'est fini très tard, et pas dans le silence. C'était très chouette, très imprévu, très instinctif. Et puis le texto attendu est arrivé samedi tard dans la matinée "désolé pour hier soir, tu fais quoi ce soir?". Très pragmatique, comme toujours. Et là, pas peu fière de répondre que ma soirée de la veille avait été un peu arrosée, que je venais de finir le boulot alors que j'allais pour l'instant faire une sieste, et que pour ce soir je ne savais pas. J'aurais pu m'en tenir là, gagner la bataille ainsi, lui faire comprendre que non, je n'étais pas capable de vivre une histoire avec autant de détachement, que je ne savais pas me contenter de prendre ce qu'il y avait à prendre. Pourtant elle était sympa cette histoire au début, mais ça n'a pas pris. J'oublie parfois qu'il faut être deux, que l'alchimie n'existe pas à tous les coups, tiens pas mal ça! Que cet emballement que je ressens souvent et qui semble murmurer "oui ça y est je le sais, cette fois, c'est lui", n'est qu'une pensée malsaine, une trace du passé et un signe d'empressement. Oui je le sais bien que cette indépendance de vie que je prône haut et fort n'est pas forcément toujours ce que je rêve de vivre, mais patience, patience...

Quand il est arrivé, je l'ai trouvé très beau, presque fragile, et pourtant j'ai presque esquivé son baiser, très froid. Je savais que ce serait le dernier, je me connais, je ne sais pas tricher. Nous sommes restés là, devant la télé, à parler de choses et d'autres, chacun sur un canapé. Je voulais lui dire que je trouvais ça dommage, que j'aimerais que nous soyons plus proches, plus complices, que j'avais mal vécu le fait qu'il ne me donne pas de nouvelles pendant trois semaines, que je ne voyais pas l'intérêt de notre relation. Mais je me trouvais désuète de lui faire une scène, de rentrer dans un conflit là où il avait été très clair dans sa vision de notre histoire, de ses envies, de ses incapacités. Mais j'avais osé interprété ses attentions, en oubliant qu'il était un homme et forcément différent d'une femme. L'heure avançait, j'aurais préféré qu'il parte, mais j'ai voulu savoir.
Rien, le vide des rues désertes s'était immiscé dans l'intimité, je ne le désirais pas. De lui, forcément, je n'attendais pas autre chose que du silence, mais chez moi, c'était encore plus sourd. Nous nous sommes endormis, le lit ne m'a jamais semblé aussi grand. Il s'est réveillé tôt, s'est habillé, m'a dit adieu avec son accent que je n'ai pour une fois pas trouvé agréable, a déposé un baiser sur mes lèvres. Il est parti.

Pourtant ce matin le soleil brille fort, le ciel est d'un bleu limpide, les oiseaux gazouillent, le printemps est proche. Le bureau de vote et la piscine m'appellent, un joli dimanche de mars m'attend.

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