20 janvier 2010

... La merditude des choses ...

 

Pourtant tout allait bien. J'avais une nouvelle coupe de cheveux depuis deux heures, une frange bien droite, je venais de choisir un Côte du Rhône à trois euros élevé en fût de chêne, bu entre amis depuis une heure, je me prenais pour une adulescente en manque de jeu, pour une adulte en plein rêve au bras de son amant d'étudiant.

Plus pour longtemps.

La séance n'avait même pas commencé.`

Moi qui ne m'assieds jamais sur un fauteuil rouge en avance, je rompais avec mon pire défaut, déjà ce matin à l'école j'étais à l'heure, sans doute un mauvais présage.

L'atmosphère brute d'une enfance compliquée, d'une mère absente, d'un père alcoolique venait depuis de longues minutes déjà de planter le décor.

Des photos aussi brutes que belles pour montrer une réalité compliquée. Des sous-titres précis, des phrases littéraires, l'adaptation très juste de ce que je découvre, après coup, être un récit autobiographique. Violence, humour, souffrance s'enchaînent et chamboulent sans prévenir. Du très réel.

Un vélo comme seul objet de liberté, pédaler, vite, très vite pour se sentir vivant, pour défier la vie, pour éprouver le mouvement, pour imaginer droit devant un horizon plein d'espoir. Une issue. Un avenir.

Une phrase a tout déclenché.

"Seul un boulot de merde peut financer un enfant non désiré"...

Je l'ai prise en pleine gueule et celles qui ont suivi aussi.

merditude.jpg

Kenneth Vanbaeden / Gunther Strobbe - La merditude des choses - Felix van Groeningen - Sortie le 30 décembre 2009

 

Les larmes ont commencé à couler doucement.

Des phrases crues, des mots qui renvoient inévitablement à une histoire, à cette terrible sensation qu'il est très compliqué de s'échapper de ce qui nous façonne, de ce qu'on porte de nos parents, de nos grands-parents, de ces chemins de traverse souvent empruntés à contre-sens, à contre-coeur sans comprendre.

Difficile de ne pas se défaire de cette sensation d'échec, de fatalité.

Une souffrance qui fait mal, fort, toujours, sans jamais s'atténuer. Et pourtant l'envie aussi, de réussir malgré tout, d'aimer par dessus tout, de réussir à prendre un nouveau cycle en route, sans roulettes...

Qui ne s'explique pas, qui ne se prononce pas, les mots sont trop rationnels.

Mais elle reste, elle dure, elle est un vide immense, un caprice peut être, un idéal déchu sans doute.

C'est pourtant des mots que viennent souvent la guérison, l'horizon. De ceux que l'on écrit dans le silence, que l'on imagine comme une trame d'une nouvelle vie, qui portent en eux la blessure et l'espoir.

Etrange.

Il faut avoir souffert beaucoup pour transformer sa souffrance en chef d'oeuvre, avoir vraiment goûté à la merditude des choses, avoir eu le nez dedans pour en extraire des mots dehors.

Hier soir, ils ont ranimé ma susceptibilité, ma peine, ma plaie ouverte qui ne se refermera jamais.

Sauf sur moi.

Bouleversant.

 

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Commentaires

Bon, finalement dans tout cela, heureusement qu'il y a le pinard...

Plus sérieusement, j'ose croire que les plaies ça se suture un tant soit peu au fil du temps. On y met le beaume de la vie, les petites joies, les petites réussites, les rencontres sympas et inatendues.

Parfois, il faut aussi savoir éviter les gens promptes à trifouiller les plaies. On les reconnaît, ce sont ceux qui acourent avec enthousiasme dès que l'on exprime son mal être.

Ecrit par : Fricfrac | 22 janvier 2010

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