15 juin 2009
... Faux espoirs ...
Il aura suffit d'une désillusion, d'un faux espoir pour que ma machine à pensées négatives se remette en route. Comme si la fatalité avait bel et bien décidé de ne pas me donner de chance, jamais, mais de toujours me faire dépenser mon énergie à tort et travers, toujours dans le vide, jamais dans la bonne direction.
Je commence à me connaître suffisamment pour savoir que j'allais réagir ainsi, jeter l'éponge, m'accabler, me tirer vers le bas alors même que je suis aussi convaincue qu'il me faut encore persévérer. L'éternel combat des voix contradictoires, celles qui chuchotent en moi, qui se contredisent tellement qu'elles gagnent toujours en me laissant inerte.
Pourtant je suis tentée d'interpréter ces signes comme ceux de la mauvaise route, parce qu'il paraît que quand les choses doivent se faire il n'y a pas d'obstacle, que ça glisse sans heurt, que c'est limpide.
Je me souviens du temps où je ne vivais que portée par mon intuition, où rien ne me faisait peur où tout était léger. Cette période me paraît si lointaine que j'ai l'impression d'avoir cent ans. Je crois qu'elle s'en est allée le jour où j'ai arrêté de vivre mes envies, le jour où je suis rentrée dans le moule et où j'ai tué la petite voix, ma préférée, par étouffement.
Depuis je subis, je ne rêve plus où si je rêve je me l'interdis. Je ne sais plus comment m'y prendre pour retrouver l'envie.
Même devant Bernard Werber à l'Alcazar samedi, dans cette masterclass où je me suis retrouvée aussi par hasard, où au détour d'un regard je suis tombée sur le programme des conférences et où scotchée par le thème "comment se faire éditer" j'étais assise une heure plus tard dans cet amphithéâtre à moitié vide, j'ai levé la main pour dire que je ne notais pas mes rêves, que je ne lisais qu'un livre ou deux par ans, que je voulais peut être écrire un roman mais que je pensais ne pas en être capable, que je suivais une psychothérapie etc etc...
Voulant à tout prix donner du sens à mon errance du jour, j'ai osé croire qu'il ne s'agissait pas d'un hasard.
J'ai sans doute eu la prétention qu'avec mes quelques notes blogguesques je pourrai un jour me prendre pour Beigbeder ou Gavalda, aligner mes désillusions dans un pavé de quelques centaines de pages, flatter mon égo, déverser ma prose, trouver un éditeur.
Heureusement je crois je n'ai pas eu le coup de foudre, ni pour l'homme fourmi ni pour le roman. J'ai eu cette étrange sentiment qu'écrire un livre ne revenait en somme qu'à intéresser un nombre suffisant de lecteurs pour apporter à son éditeur une rentabilité minimale et décrocher le privilège immense du premier roman et de ses pauvres à valoir.
Pourtant je pensais qu'en la matière, une situation d'oligopole aurait été suffisante, un seul texte pour émouvoir un seul lecteur, mon côté humaniste libérale sans doute...
Et l'homme fourmi en grand moralisateur du style littéraire crachant son venin contre l'égoiste romantique qui accompagne mes soirées du moment m'a simplement réconciliée avec ma pensée. Je l'ai trouvé fât, imbu, tellement peu romantique, tellement trop scientifique comme si l'émotion pour exister ne pouvait passer que par un lourd labeur, dépourvu alors de toute spontanéité. Peut être même jaloux de confronter sa dure tâche quotidienne face à ce qui peut parfois dans certains ouvrages apparaître comme de la prose facile, simple mais fine et percutante.
Pourtant il a vu juste, il a compris que certains avaient des rêves si forts qu'ils faisaient tout pour ne jamais les réaliser, j'ai du penser à voix haute.
Je crois qu'au fond je suis pas si mal ici, planquée derrière mon écran, obligée de ne plaire à personne, libre de ma pensée, de mes états d'âme si vulgaires.
Au fond je crois que je n'ai pas d'ambition, que je préfère me plaindre, que je préfère l'échec parce qu'il me donne alors l'occasion de rester dans ma tristesse, dans ma mélancolie et d'écrire.
Au fond je crois que je n'ai toujours connu que l'échec. La réussite m'angoisse comme un idéal inaccessible.
Je suis ce que je suis il serait temps de m'y contraindre et d'arrêter de penser que je peux être quelqu'un d'autre différemment.
Comment puis-je d'ailleurs espérer qu'il pense encore à moi. Il a dû m'oublier, flairant la loose, la fuyant même, comme tous les autres, comme ceux que j'ai cru un jour pouvoir retenir.
23:02 Publié dans Célibattante | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : masterclass, werber vs beigbeder, by chance |
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