10 octobre 2008
:: Si la misère m'était contée ::
Tout avait bien commencé, enfin pas tant que ça. Le rendez vous de mon illusoire reconversion professionnelle annulé sans prévenir, une pluie fine faisant friser à souhait mes cheveux, une tunique marquée à la taille par la ceinture que je ne quitte plus depuis un mois ne parvenant pas à donner du style à ce look très pyjama et des bottes de pluie comme unique paire de chaussures n'ayant pas réussi à sécher depuis la veille, cette journée s'annonçait sous le signe du chiffon... Pourtant quelques notes de musique auraient bien pu donner un meilleur ton : le tempo juste, la pulsation parfaite, j'ai confirmé ce soir pour mon deuxième cours de solfège que j'avais le sens du rythme. C'est bien ça réconforte... Mais c'était sans compter sur le petit écran, celui que j'ai pourtant décidé d'éteindre depuis quelques semaines, m'interdisant de me laisser dicter la pluie et le beau temps de mes humeurs et de ma vie par cette intrusion massive du regard de quelques privilégiés sur une société qui leur échappe de toutes façons toujours un peu... Déjà ce midi, les yeux écarquillés de mes collègues de travail éprises en gris de leur anatomie-soap-reality devant mon droit de retrait, m'avaient bien fait comprendre que le côté décalé ne faisait lui non plus, plus recette... J'ai tenté de lutter, de leur dire que ma vie me suffisait, que j'avais déjà bien à faire avec mes histoires parallèles, mes soucis quotidiens, ma vie pimentée quoi, et que j'avais beaucoup de mal à me passionner pour les séries, à me prendre d'amitié pour des gens qui n'existaient que dans l'éventuel reflet de la génération qui les regardait... Oui ç'est bien ça j'ai utilisé le mot "générationnel" pour décrire le fait que tout le monde baisait soit disant avec tout le monde, sous le même toit, refusant tout engagement, ne recherchant que plaisir... C'est bien ce que je disais, mes histoires parallèles me suffisent amplement.
Bref, je me suis quand même sentie has been, je me suis sentie vieillie, blasée de ce qui pouvait encore faire rêver certaines, je me suis sentie défraîchie par ma perte totale de futilité et d'insouciance par moments... Je me suis donc laissée tentée par ma télécommande pensant qu'elle seule allait pouvoir me détendre ce soir. J'ai donc démarré par envoyé spécial suivi du reportage "profession femme de ménage"... Et pour le coup, avant d'être dans le chiffon, je me suis retrouvée en pleine tv-realité... Et que dans ces cas là je ne peux m'empêcher de faire un transfert, c'est insupportable, je ne sais toujours pas s'il s'agit d'un excés d'égo ou d'une peur panique de l'échec mais j'ai soudain compris que ce combat que je mène à ma manière, cette course incessante aux derniers euros de fin de mois, cette pression mensuelle du loyer à payer que ces femmes dépeintes au bord de la détresse, stressées, usées, épuisées, dépassées décrivaient si naturellement, étaient mon lot quotidien, ma prison. J'ai eu le sentiment que j'allais moi aussi tomber encore plus bas, qu'à force de lutter en espérant des jours meilleurs je baisserai à mon tour les bras, impuissant. J'ai tenté plusieurs fois d'éteindre, d'appuyer sur off, de revenir à ma réalité, à mon côté battante, à mes rêves, à mes espoirs mais impossible. J'avais besoin de ressentir jusqu'au bout ce sentiment mêlant peur, angoisse, stress, empathie, compréhension, tristesse avant de ressentir presque du dégoût pour tant d'ingérance dans la vie de celles qui se battent pour survivre et qu'on affiche presque comme des bêtes sauvages... Ou bien c'est moi oui, qui aurait sans doute préféré que le silence et l'écran noir évite de me cracher au visage la dure réalité.
Alors j'ai relativisé, je me suis regardée dans la glace, j'ai regardé autour de moi et j'ai refusé d'accepter que ce soit aussi mon sort, décidant de boycotter cette machine à culpabilité, cet écran de l'angoisse, cet antre du malheur et ce media si manipulateur. Je suis en vie et c'est bien là l'essentiel, je suis envie avec l'envie d'y arriver, avec encore un peu d'espoir... Et un profond respect pour elles, malgré tout le désespoir qu'elles ne cachaient même plus.
Egoïste? Individualiste? Lâche? Irresponsable? Oui sans doute un peu de tout ça, mais je ne me sens pas assez solide pour accepter l'idée que la vie puisse être si dure... Je préfère noyer le... chiffon.
Coupez.
01:24 Publié dans Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : profession femme de ménage |
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Commentaires
Ta note est juste... Mais, on peut se permettre de baisser les bras, comme on a déjà tous fait, mais à couvert car beaucoup profitent de cette " faiblesse".
Le côé "has-been" n'est qu'une sensation, il m'est arrivé plus d'une fois de faire découvrir " the twilight zone", "Father Ted"etc... Et là, c'est le côté " mince, c'est différent et c'est bien aussi" qui ressort... Les faiblesse ne sont que dans le jugement des autres, en faire une force est un vrai atout.
Bonne continuation et si des fois tu en as marre...
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Écrit par : jerome-b | 10 octobre 2008
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